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Un Retour Aux Sources Avec Joe Jacques


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Il y a quelques jours je me suis sentie lasse. Pour la première fois depuis longtemps je me suis sentie vidée de toute émotion. N’entendant parler que de terrorisme, d’Anthrax et d’économie décroissante, mon cerveau s’est révolté et j’ai alors voulu faire le vide. Oubliant les problèmes financiers, de santé, de motivation et tout ce qui est en quelque sorte mon gagne- pain.

 

Il est bon de temps à autre de faire le vide, de s’éloigner mentalement de notre quotidien et de s’aventurer au gré de notre imagination où l’on découvre des parcelles de notre personnalité. Une petite parcelle qui vient expliquer un peu la complexité de notre être et fait son bonhomme de chemin dans notre façon d’être. J’ai fait une escapade vers mon passé. Une façon de soigner mon vague à l’âme. J’y ai découvert une leçon de vie, une expérience magnifique qui m’ont permis de retrouver mes origines et d’accentuer les belles choses de la vie que nous prenons pour acquises.

 

J’ai visité le cerveau d’une légende d’Haïti, un héros d’hier, un idole pour mes parents et les gens de leur génération. En sécurité dans ma chambre, j’ai été, en pensée, dans la tète de Joe Jacques et y ai découvert des recoins dangereux de désolation, de souffrances, d’agonie véritable et aussi, de la détermination et des moments de pur bonheur.

 

Konsa konsa ou oue map joue musik moin, fo-ou pa kromprann ke se tout tan ke moin kontan… L’accordéon émet des gémissements et les paroles de Joe remplissent la chambre d’une tension douloureuse. Se rendant compte de l’effet négatif que son état d’âme et d’esprit peut créer, Joe s’excuse humblement et nous demande de ne pas le juger. J’éprouve une drôle de sensation en écoutant les vibrations de sa musique. Ses sombres paroles ne m’offrent plus d’apaisement: Se couto sel ki konin sa ki nan ke yam. Je le vois sur son visage, je l’entend dans sa voix, des manifestations de sa douleur mentale.

 

Me servant de mon expérience rythmique haïtienne et tous mes sens en alerte, je ferme les yeux et trouve le cœur de Joe: A la traka pou on jeun gason, ki trouve ki rimin-ou titit… Je prête l’oreille attentivement et je me sens transportée dans l’histoire d’un jeune garçon timide, incapable d’aborder l’objet de son amour: Si ou oue titit pou moin, oua va dil ke moin rinminn-l, sel bagay kap fem la penn, se ki moin pa ka di-l sa… Cette chanson me ramène à Haïti, des jours chauds et ensoleillés. Des jeunes gens forts et robustes de Laboule se servaient de jeunes filles innocentes et sans méfiance, comme moi, pour faire parvenir Komision, aux membres de la famille, belles et plus matures. La musique toute simple, sans crescendo accentué, dénuée d’une grandeur orchestrale, me pénètre jusqu’à l’âme et me fait revivre des jours de loisirs et d’innocence. C’est une musique riche en simplicité et couleur.

 

Comme semble l’indiquer ses compositions, la musique de Joe se rapporte continuellement à un thème prévalent, celui de l’humiliation et d’incapacité: Moin sonje le-m te jeun gason, moin te rimnin yon ti pitit, si nou konin kisa li fem... Il raconte une histoire de trahison. Sa rage est apparente dans les paroles: ‘Ma che ou san charite à la ou malonet, on jou Bon Die gin pou-l puni-ou. Mon regard se fixe sur cette femme, je regarde dans ses yeux , celle qui a inspiré : Ou trouve minm te dim konsa, yon nomm tankou moin minm kisa pou ou ta fe a ve-m?…Nan ki seso pou ou ta kroke-m?... Se pa moin ou ta bay gaspiye-ou¨. Je ressens la douleur de Joe. Sans cautionner son mode d’expression, je ressens aussi la douleur de cette femme.

 

Bien que de courte durée, j’ai aimé chaque minute de mon escapade. J’ai redécouvert Haïti en mon for intérieur bien présente dans un coin de mon cœur. J’ai vu le monde à travers les yeux voilés et nébuleux de Joe Jacques. Je réalise que j’ai eu de la chance toute ma vie. J’ai découvert un intérêt nouveau pour mon pays et mon peuple. J’ai aussi découvert un nouvel orgueil et un nouveau sens d’appartenance à un peuple coloré, imaginatif, de consistance et d’endurance.

 

Mon corps balance au son de l’accordéon, je tape du pied et clique des doigts au rythme des tambours. J’ai des visions de tambou, rara, carnaval, de la messe du samedi soir, de la confession de péchés non commis, du catéchisme, du Dimanche des Rameaux, de la cane à sucre, des uniformes d’école, des camionnettes, de guayav, de corossol et je jure devant Dieu et devant la nation et etc. et etc.

 

Ma rétrospective avec Joe Jacques m’a fait passer par toute une gamme d’émotions. Malheureusement, ça m’a aussi permis de réaliser la façon dont nous traitions les handicapés. Nous avions tort mais connaissions-nous une autre façon?

 

Merci Joe pour votre merveilleuse œuvre. Merci pour avoir partagé avec moi la dure réalité de vos journées. Je remercie aussi votre accordéon qui, comme les ¨Lucille¨de B.B. King, a été la compagne fidèle de votre vie. En passant, a-t-elle un nom?

 

Traduit de l’anglais par : Ghislaine Cormier pour :

Maryse A. Nelson, LPT, MBA
Business Consultant, Professional Speaker, Trainer
Kenor International Corporation
Altamonte Springs, Florida
(407) 682-2881
mmms4ever@aol.com

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